L’Algérie devrait engranger 80 milliards de dollars en 2008
La flambée des cours du pétrole, qui ont dépassé le seuil record de 122 dollars avant-hier, ne semble pas près de s’arrêter. Ce qui constitue une aubaine pour l’Algérie qui va, une fois de plus cette année, engranger des recettes records qui pourront atteindre et même dépasser la barre de 80 milliards de dollars, contre près de 60 milliards l’année dernière, selon les estimations des experts.
La hausse des prix du pétrole a eu pour effet de doubler quasiment la valeur du baril de brut depuis un an et l’Algérie, à la faveur de cette hausse, voit son aisance financière se confirmer d’année en année. Mais cette flambée ne peut être perçue seulement comme une aubaine pour notre pays qui en tire l’avantage de voir ses recettes d’hydrocarbures croître sensiblement. Ces records qui s’enchaînent et qui remplissent bien les caisses de l’Etat ont, cependant, certaines répercussions négatives.
Le revers de la médaille est, en effet, que cette envolée des prix s’est accompagnée, entre autres, d’une hausse vertigineuse des cours des produits de base (huile, sucre, farine…) qui dépendent pour beaucoup de l’importation, conduisant inéluctablement à une érosion du pouvoir d’achat.
Pour l’économiste et consultant international, M. Abdelhak Lamiri, cette «inflation importée est à 80 % induite par la hausse des prix du pétrole du fait que ce dernier est utilisé pour la production. D’autre part, beaucoup de pays ont réduit les superficies consacrées à l’agriculture au profit de la production des biocarburants, pour réduire l’impact de la flambée des cours sur leurs économies».
Outre la réduction des surfaces agricoles, la hausse effrénée des prix du pétrole a également eu pour effet d’induire une augmentation de plus de 80 % des prix du fret, note le professeur Lamiri, selon lequel la conséquence sur l’Algérie se traduit par «un Etat de plus en plus riche, alors que le peuple s’appauvrit». Les recettes pétrolières sont aujourd’hui suffisamment importantes pour permettre à l’Etat de «consacrer une partie de cette plus-value à la stabilisation des prix des produits de base», selon notre économiste qui estime, dans ce cadre, que la proposition faite par les syndicats de créer un fonds de stabilisation des prix est très judicieuse. Certes, la hausse des recettes pétrolières qui pourraient avoisiner 80 milliards de dollars cette année, après avoir frôlé 20 milliards de dollars durant le premier trimestre, peut être relativisée en raison de la baisse, au même moment, du cours du dollar qui est la monnaie d’échange officielle pour le pétrole. Toutefois, selon M. Lamiri, on ne peut en aucun cas dire que l’augmentation des recettes est annihilée ou annulée par la baisse du dollar, car la progression de l’or noir est plus rapide que la dépréciation de la devise américaine. Et pour cause.
En trois ans, explique l’économiste, «la valeur du pétrole a gagné entre 60 et 70 %, alors que le dollar a perdu entre 25 et 30 % de sa valeur». En conséquence, on peut considérer qu’en dépit de la dégradation de la valeur du dollar, «nos recettes d’hydrocarbures augmentent tout de même de 30 %», selon M. Lamiri. L’Algérie n’envisage pas pour le moment de facturer ses exportations pétrolières en euros pour limiter les pertes, à la différence du Venezuela qui a annoncé avoir mis à l’essai des contrats pétroliers libellés en euros pour faire face à la chute du dollar.
Une arme à double tranchant
Mais pour le professeur Lamiri, «le problème de l’économie algérienne n’est pas la baisse du dollar ou la hausse du pétrole, c’est un problème de productivité d’entreprise, de stratégie de développement, de gestion de l’économie et de promotion de la ressource humaine».
Et au-delà de la hausse des revenus pétroliers, l’Algérie continuera, selon lui, à essuyer les contrecoups de la flambée des cours du pétrole tant qu’une solution de fonds n’aura pas été trouvée pour faire face aux situations conjoncturelles.
Soulignons que, selon des estimations de l’administration américaine d’information sur l’énergie (EIA), l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) pourrait engranger des recettes de l’ordre de 927 milliards de dollars cette année, contre 676 milliards en 2007 (dont 190 milliards pour la seule Arabie saoudite), soit une hausse de 10 %. L’OPEP ne prévoit, quant à elle, que 850 milliards de dollars de revenu en 2008. Pour 2009, l’EIA estime que les pays de l’organisation pétrolière verront leurs recettes tomber à 830 milliards de dollars. S. B.
Source : Le jeune indépendant



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